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Le 25 janvier 2018
Décryptage du discours de la Maire de Paris
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Décryptage du discours de la Maire de Paris

Depuis le début de l’année, le Gouvernement est en ligne de mire pour sa décision d’abaisser la vitesse maximale à 80 km/h sur les routes (hors exception) pour des motifs sécurito-écologiques vaseux. La Maire de Paris ne pouvait pas laisser le Gouvernement prendre le leadership sur la communication anti-voitures. Elle s’est donc fendue d’une longue interview dans Le Monde pour exposer les mesures à venir (lien vers l'article - payant).

 

I/ L’INTERDICTION PROGRESSIVE DES VEHICULES THERMIQUES CONFIRMEE

La FFAC l’avait annoncé, la Maire de Paris a toujours eu pour objectif l’interdiction progressive de toutes les autos antérieures au 1er janvier 2011 et des deux-roues antérieurs au 1er janvier 2018.

La Maire de Paris le confirme en précisant toutefois que le calendrier d’interdiction est décalé de 2020 (ce que nous avions annoncé) à 2024.

Pourquoi ce décalage ? Parce qu’il faut attendre « que les flottes de bus de la RATP aient entièrement basculé vers une nouvelle motorisation ».

Pour la petite histoire, le STIF a validé une commande de 389 bus diesel en février 2013. En décembre 2013, le STIF votait une résolution prévoyant qu’à partir de janvier 2014, toutes les commandes de bus se feraient sur des véhicules hybrides ou GNV. Deux élus socialistes ont voté contre au motif qu’il restait encore 150 bus diesel à livrer. Du coup, la RATP a pu passer commande de 260 bus standard diesel et 65 bus articulés diesel en 2014.

Il est donc assez amusant d’entendre la Maire de Paris affirmer, un peu plus loin, qu’ « on ne peut pas s’accrocher à un modèle du passé au nom de l’amortissement d’investissements massifs dans le diesel et au détriment de la santé ». Manifestement, la santé peut s’accommoder de la nécessité de protéger les investissements du STIF et de la RATP, sans que la Maire y oppose son véto…

 


"On ne peut pas s'accrocher à un modèle du passé
au nom de l'amortissement d'investissements massifs dans le diesel"
Sauf s'il s'agit de la RATP


 

Quant à faire bénéficier les particuliers de la faveur consentie au STIF et la RATP, certainement pas…

Pour mémoire, sont déjà interdits dans Paris les autos d’avant janvier 1997, les motos d’avant mai 2000, et les diesels d’avant janvier 2001.

Seront interdits :

  • L’an prochain : les diesels antérieurs à janvier 2006 et les deux-roues antérieurs à juillet 2004 (véhicules Crit'Air 4) ;
  • En 2022 : les diesels antérieurs à janvier 2011, les essence antérieurs à janvier 2006 et les deux-roues antérieurs à janvier 2007 (véhicules Crit'Air 3) ;
  • En 2024 : tous les diesels, les essences antérieures à janvier 2011 et les deux-roues antérieurs à janvier 2018 (véhicules Crit'Air 2) ;
  • En 2030 : tous les véhicules à moteur thermique ?

 

II/ DES INTERDICTIONS ANTI-SOCIALES

La FFAC a déjà longuement disserté sur l’aspect parfaitement antisocial des restrictions de circulation.

Madame la Maire s’en défend en disant, à propos de l’interdiction des véhicules thermiques en 2030 : « douze ans, cela permet à chacun de se projeter et se préparer. Personne n’est pris au dépourvu ».

Un rappel est hautement nécessaire sur le temps laissé aux usagers de la route pour « se projeter et se préparer ».

 


"Douze ans, cela permet à chacun de se projeter et se préparer"


 

En février 2015, le Conseil de Paris vote un vœu pour interdire progressivement la circulation des véhicules supposés les plus polluants dans la commune de Paris.

En juin 2016, 1 an et 4 mois plus tard, la Maire de Paris interdit les véhicules les plus anciens, c’est-à-dire ceux antérieurs à 1997.

Quelques exemples de véhicules antérieurs à 1997 : Peugeot 205, 106, 309, Renault Super 5, Renault 19, Renault 21, Mercedes W124, BMW e36, VW Golf II et III, etc. Oui, tous ces véhicules qui continuent à assurer les déplacements, vaille que vaille, dans les quartiers dits populaires de Paris, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements en tête, et depuis les banlieues vers Paris.

A l’inverse, l’heureux possesseur d’un SUV diesel récent, disons un Porsche Cayenne TDI (c’est un exemple) aura eu droit à 9 ans, entre 2015 et 2024, pour se projeter et s’adapter.

En d’autres termes, la Maire de Paris aura laissé le moins de temps possible pour s’adapter à ceux qui en ont le plus besoin !

On appréciera l’aspect hautement social du procédé.

Surtout quand la Maire de Paris dit s’opposer au péage urbain au motif que « cela créerait une discrimination en fonction des revenus », pour ensuite plaider pour un « système qui renforcerait et automatiserait le contrôle des vignettes Crit’Air, pour s’assurer que les véhicules qui entrent dans la capitale ont bien le droit de circuler ».

 


La zone à circulation restreinte :
une discrimination par les revenus qui ne dit pas son nom


 

N’y a-t-il donc personne dans l’entourage de Madame la Maire pour lui dire que, plus un véhicule est ancien, moins il coûte cher à l’achat ? N’y a-t-il donc personne pour lui dire que plus un véhicule est ancien plus son entretien est accessible à tous ? Pour quelle autre raison voit-on encore tant de véhicules de plus de 20 ans d’âge dans les quartiers populaires ?

L’âge d’un véhicule est intrinsèquement lié à la fortune (ou l’infortune) de son propriétaire.

Les zones à circulation restreinte ne sont rien d’autre qu’une discrimination en fonction des revenus, plus acceptable aux yeux de la Maire de Paris car moins « visibles » qu’un péage urbain.

Les nouvelles modalités de stationnement participent également à cette discrimination sociale qui ne dit pas son nom. Beaucoup se focalisent sur le coût du défaut de paiement (de 35 € à 50 € selon les arrondissements).

Ce faisant ils oublient l'augmentation considérable du stationnement lui-même. De 2,80 € de l'heure (soit 16,80 € pour 6 heures), le tarif est désormais progressif et les 6 heures de stationnement coûtent désormais 35 €. Soit une augmentation de 208 % !

Ajouté aux nouvelles modalités de contrôle du stationnement, délégué à des sociétés privées chargées de faire du chiffre, le message est clair : n'utilisez plus votre auto dans Paris. Enfin, sauf si vous pouvez financièrement vous le permettre...

De discrimination directe, il n'y a pas. En revanche, les discriminations indirectes se multiplient.

 

III/ IDEOLOGIE ET COMMUNICATION

A lire l’interview la Maire de Paris, on relève 8 occurrences du mot "diesel" dans son interview, également mâtinée d’un soupçon de complot lorsque la Maire évoque les pressions de « lobbies » (Des noms ! Des noms !).

Une véritable obsession. A telle enseigne que la Maire de Paris évoque la lutte de Los Angeles, New York, et Montréal contre le diesel. La lutte contre le diesel en Amérique du nord… Là où, mis à part les poids-lourds et quelques pick-ups, TOUS les véhicules carburent à l’essence.

Le diesel est le nouveau Grand Satan, on l’aura compris.

Soit. On laissera le soin aux sachants mieux informés que nous de commenter la véracité d’une telle vision.

Surtout, la Maire de Paris s'abstient d'évoquer les dommages collatéraux de sa lutte contre le diesel.

D’une part, les véhicules à essence antérieur à 1997 sont actuellement interdits. Ceux antérieurs à 2006 le seront en 2022 et ceux antérieurs à 2011 le seront en 2024.

Pourtant, et tous les rapports Airparif le disent, les véhicules à essence ne sont pas en cause dans la pollution actuelle aux dioxydes d’azote, ni dans les pics de pollution aux particules fines.

Alors pourquoi les sanctionner sur l’autel de la lutte contre la pollution atmosphérique ?

Quant aux diesels, on rappellera que leur développement massif, aussi bien en France que dans toute l’Europe, est due au premier chef à l’Europe, ses réglementations mal ficelées, ses normes d’homologation inaptes à garantir le respect des limites de pollution des diesels sur la route.

Rappelons que, pendant près de 10 ans, le diesel a été paré de toutes les vertus écologiques et soutenu par moult incitations fiscales.

Il est parfaitement inique de faire porter aujourd’hui la responsabilité des erreurs de nos dirigeants sur les particuliers en les obligeant à renoncer à l'usage de leur bien.

D’autre part, l’interdiction concerne également les deux roues motorisés, chose parfaitement inédite en Europe, alors que la part des deux-roues motorisés dans la pollution atmosphérique est extrêmement minoritaire : les deux-roues, toutes époques confondues, représentent moins de 5 % des émissions de gaz polluants.

Alors pourquoi, à l’instar des véhicules à essence,  les interdire sans aucun fondement rationnel et technique ?

On a ainsi le sentiment, à lire la Maire de Paris, que « sa » lutte contre la pollution atmosphérique ne relève que de l’idéologie ou, pire encore, du simple exercice de communication.

Il faut d’ailleurs rappeler que, selon l’OMS, 90 % des morts prématurés liés à la pollution atmosphérique se trouvent en dehors du monde occidental.

C’est peut-être dans ces régions qu’il faudrait consacrer des fonds pour lutter contre la pollution, plutôt que de financer ici des dispositifs lourds et couteux à l’efficace douteuse comme Autolib’ et ses 180 millions d’euros de déficit, dont les 2/3 resteront à la charge de la collectivité (c’est un exemple).

 

IV/ OUI, MAIS C’ETAIT AU PROGRAMME

La Maire de Paris nous affirme que la sortie du diesel en 2020, la fermeture des voies sur berges et les restrictions de circulations, étaient dans son programme et que ce serait pour cela que les parisiens l'ont élue en 2014.

Il faut clore ce débat une fois pour toute, aussi bien pour mettre la Maire devant ses contradictions, que pour faire taire tous ceux qui disent « bien fait pour les parisiens qui l’ont élue »..

Dans le programme « Paris qui ose » de Madame Hidalgo, 6 pages (pages 60 à 66) sont consacrés aux transports.

 


"Piétons, cyclistes, automobilistes, deux roues et utilisateurs de transports en commun
ont droit à une mobilité sereine et agréable"


 

Qu’y trouve-ton ?

La fermeture des voies sur berges ?

Seule la fermeture de la rive gauche, fruit de la précédente mandature, est évoquée.

Celle de la rive droite n’est évoquée nulle part. Pas plus que la suppression d’une file de circulation sur la voie Georges Pompidou.

A ce propos, l’observateur averti remarquera que l’installation d’une piste cyclable sur la voie Georges Pompidou n’a jamais été votée avec le plan vélo par le Conseil de Paris. Le plan émanant de la Mairie de Paris évoque une piste sur les quais hauts, et non sur la voie Georges Pompidou. Cette piste cyclable est donc le résultat d’une décision unilatérale de la Maire de Paris, qui se défend de tout autoritarisme.

Les restrictions de circulation ?

On ne les trouve pas non plus.

Contrairement au programme de Madame Kosciusko-Morizet, l’opposante d’alors de Madame Hidalgo qui se proposait de les mettre en place, ce qui est parfaitement logique puisque Madame Kosciusko-Morizet avait fait adopter une Loi instaurant le tout premier dispositif de restriction de circulation (les défuntes Zones d’Actions Prioritaires pour l’Air, remplacées par la suite par les Zones à Circulation Restreintes que l’on connaît).

La sortie du diesel ?

Elle est effectivement évoquée pour l’année 2020. Mais uniquement pour les poids-lourds, à travers la modernisation du parc de la RATP (avec le succès que l’on connaît, voir supra…), la diminution des livraisons par camion, et l’interdiction progressive des cars de tourisme diesel. L’interdiction des diesels particuliers, comme tout ce qui précède, n’est évoquée nulle part.

Enfin, et c’est probablement ça le plus drôle (ou le plus triste), les propositions de Madame Hidalgo sur les transports sont introduites par l’engagement que « tous les modes cohabiteront de manière plus harmonieuse : piétons, cyclistes, automobilistes, deux roues et utilisateurs de transports en commun ont droit à une mobilité sereine et agréable ».

Quel que soit son mode de transport, l’électeur parisien pourra constater le plein respect de ses engagements par Madame Hidalgo une fois élue…

 

V/           UNE VOTATION CITOYENNE

La Maire de Paris indique qu’une votation citoyenne sera organisée au printemps sur sa politique anti-voitur anti-pollution.

L’électeur devra se prononcer sur sa proposition d’interdire les véhicules à moteur thermiques en 2030.

En revanche, on se gardera d'interroger le citoyen sur l’interdiction progressive des véhicules d’ici là, ou de lui demander de ratifier la fermeture des voies sur berges et la multiplication de voies réservées à certains modes de transports au détriment de tous les autres.

Par ailleurs, la Maire de Paris souhaite que la votation soit ouverte aux électeurs parisiens, mais aussi aux citoyens européens, aux ressortissants non-communautaires qui vivent dans la capitale, et aux jeunes de 15-18 ans. Ce qui est logique puisqu'ils sont tous concernés.

En revanche, les grands oubliés de cette votation citoyenne sont le reste des Franciliens qui sont pourtant impactés au premier chef par les décisions unilatérales de la Mairie de Paris quand elle interdit des véhicules ou ferme des voies de circulation. Quant à faire voter les jeunes de banlieue, ces zazous qui ne jurent que par le scooter, n’y pensez pas !

 


Paris s’ouvre au monde, mais se ferme à sa banlieue.


 

POUR TOUTES CES RAISONS, LA FÉDÉRATION FRANÇAISE APPELLE TOUS LES USAGERS DE LA ROUTE À MANIFESTER LEUR MÉCONTENTEMENT LORS DE LA MANIFESTATION QUI SE TIENDRA LE 3 FÉVRIER 2018.

 

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